Je reprend la route à 5h15 accompagné de Fabrice. J’avais des fourmis dans les jambes alors je prend rapidement les devants et pars seul. Les routes étaient favorables, de beaux revêtements, des longues lignes droites légèrement ondulées, je roule vite et rattrape plein de monde parti plus tôt. Ce matin j’étais déterminé à rouler seul et vite pour rattraper mon retard pris dans les grands cols de la veille.
Peu de temps après avoir doubler Anne-Sophie, je me trompe de route dans un petit village. Elle me redouble, la rattrape puis on échange quelques mots. Puis je continue ma route seul. Dans un petit village je vois un panneau « Epicerie », je décide d’y aller. Je prends un cappuccino, du coca et un pain au chocolat. En parlant avec la gérante, elle me raconte que son fils fait le Tour de France.
– « Genre le vrai Tour de France ? » – « Oui mon fils est cycliste professionnel. » – « C’est qui ? » – « Pavel Sivakov! »
OMG je savais pas quoi dire mise à part WOW! C’est incroyable de tomber sur ce genre de personne, au milieu de nulle part !!
Je repars et tombe sur Nicolas, le poto d’Erwan, on discute ensemble, c’est cool! Ses amis lui ont fait la surprise de l’attendre sur le bord de la route. Je m’arrête également pour discuter et immortaliser leur moment.
Un dépannage d’une dame dont le compteur avait un problème plus tard, je fais une pause dans une boulangerie. Pas trop inspiré par les produits proposés, je prend une pizza au roquefort. Vraiment pas top mais ça fait l’affaire. On peut manger de tout dans ce genre d’aventure. Je passe dans une petite surprise signée Pascal Bride, le traceur du parcours : une grotte, Le Mas-d’Azil ! Incroyable de passer dans ce genre d’endroit.

Au coeur d’une petite vallée assez vide, je retombe sur Anne-Sophie. On se met à rouler ensemble, on discute de l’incroyable terrain de jeu des Hautes-Alpes d’où elle vient, de la Last Man Riding. On fait une pause fraîcheur à Mirepoix dans un Aldi. Grande bouteille de thé glacé, de Yop et du saucisson, je reprends des forces. Hadrien et ses collègues nous rejoignent pour discuter un peu.
En repartant, je vois le petit jeune du col de Spandelle, Matthieu, arrêté sur le côté d’un rond-point. Je m’arrête je vais le voir, il n’a pas l’air bien. Sa tendinite s’est réveillée depuis plusieurs dizaines de kilomètres. Il souffre énormément, il est à la limite de pleurer. J’essaie de lui dire de tenir bon, de chercher des solutions pour atténuer cette douleur. Poches de surgelés, pharmacies, il faut vraiment essayer des choses avant de définitivement mettre fin à cette merveilleuse aventure. On a un geste de tendresse, de reconnaissance l’un envers l’autre, une main sur l’épaule. Je repars, vide d’énergie, sans envie. Cet épisode m’a marqué. Ça a clairement été un tournant dans ma course. Après l’arrivée, en parlant avec Laurent, il a décrit cela par un « transfert d’énergie ». Je suis quelqu’un de rationnel, je ne crois pas à ce genre de chose mais ça c’est troublant…
Plus tard, j’étais revenu au niveau de Anne-Sophie, mais dans un faut plat infâme avant Carcassonne, elle décide de se poser un moment. C’était cool de rouler avec elle, cela m’évitait de rouler comme une balle. Dans Carcassone, je retombe sur Hadrien et Camille, je partage un verre et quelques kilomètres avec eux. A la sortie de la ville, j’aperçois la femme de Fabrice donc je m’arrête discuter avec elle. Elle m’offre gentiment un coca. Il a fait du bien… les kilomètres suivants étaient sûrement les plus pénibles. Une longue ligne droite avec plein de voitures, sous une chaleur écrasante, et j’étais tout seul. Un gars du 2500 me rattrape, mais il a un problème de vitesse. Je l’aide à régler le souci.
A ce moment la j’en avais un peu marre, il faisait chaud, j’étais seul sur des routes pas marrantes. Le temps était long et j’avais faim. Je fais une petite pause et mange des compotes que j’avais dans mon sac. Mais clairement, ce n’était pas suffisant. Dans le dernier patelin je n’ai pas pris le temps de faire une vraie pause repas. Je l’ai regretté amèrement parce qu’après il n’y avait plus rien, il était 21h passées et on montait sur une petite montagne jusqu’à Minerve, un village sublime. Il fallait continuer avec un ventre vide et seul. La pire saloperie du parcours était là en plus, un bon kilomètre sur une route empierrée avec une grosse pente. J’ai marché, tant pis. Un train composé de deux duos m’a rattrapé et m’a redonné de l’énergie, jusqu’à ce que je m’arrête de nouveau, sur un petit pont.

Je décide de manger une madeleine, une compote pomme-vanille et compote Baouw, petit pois, coriandre, céleri. Très très très mauvaise idée, cette dernière est ressortie aussitôt emportant les autres choses. Même l’eau bue ressortait… J’ai laissé une immense tâche au sol. Beurk, dégoutant.
Et par chance, Erwan est passé par là et m’a ramassé à la petite cuillère. Mon sauveur! Il m’a accompagné jusqu’à la prochaine base de vie située à 50km de là. On a fini à plus d’une heure du matin. Une douche et de nouveau habits de vélo m’attendaient là-bas.
Un bon repas, des bénévoles adorables, enfin les retrouvailles avec Avril (participante du 2500km) que j’attendais avec impatience et qui me dit « Mais qu’est-ce que tu fais là ? », une Jennifer trop souriante et je pars dormir dans le gymnase. C’était un peu un concours de ronflements, à qui fera le plus de bruit, quel enfer ! Je dors difficilement 30min, dans une chaleur écrasante dans les tribunes à même le sol.