RAF#1 – LE GRAND DÉPART – Un p'tit blog comme ça

RAF#1 – LE GRAND DÉPART

Lundi 24 juin, jour J ! On se rend rapidement à la base de vie à 9h30 pour être à l’heure pour le retrait des dossards et le contrôle des équipements, du vélo. On retrouve les mêmes têtes connues, ça rassure ! On en découvre de nouvelles aussi, comme Hadrien, ex-coureur élite originaire du nord de la Haute-Marne et déjà très expérimenté en ultra-distance. La tension monte d’un cran. Repas dans un resto avec papa le midi, puis sieste d’une heure trente. Après un passage dans un Carrefour pour y faire quelques courses, préparer des provisions pour la nuit, on repart à la base de vie pour le briefing et la Pasta party de départ. C’était un repas composé de pâtes ainsi qu’un moelleux au chocolat pour bien remplir le ventre! 

Juste après, j’aperçois « Paps », alias Monsieur Clisson. Quel bonheur de le voir ici, il était venu pour faire la surprise à sa fille qui était sur le grand parcours. On discute on discute, c’est génial de le revoir! Fabrice, rencontré précédemment m’attendait pour aller à la plage où le départ se tenait. On se rend là-bas en longeant la côte c’était trop beau. Il était 20h passé, la luminosité commençait à s’atténuer. 

Arrivé là-bas, tout le monde dans les starting-blocks, prêt à enfin partir pour l’objectif de notre année. On discute à nouveau avec Manuel, Fabrice, Pierre, Hadrien, Elodie et d’autres. Tout le monde est chaud! 

21h50, je commence à me rendre dans le de départ. Je récupère le tracker GPS que je fixe sur mon cadre. Il ne restera pas là très longtemps, il ne va pas bien tenir. 

22h04, Jennifer qui était juste a côté du départ vient me rassurer, me fait un dernier câlin. Ça fait du bien d’avoir des amis proches de nous dans ces moments là ! 

22h06, je monte sur l’estrade, je me prépare à partir. Le speaker me demande d’où je viens, Chaumont. « Chaumont… le beau Chateau ? » « Non en Haute-Marne, près de Colombey-les-Deux-Églises! » « Ah oui le bon vieux général de Gaulle! »  Et pas de le temps de discuter d’avantage, il est l’heure ! 

22h06 et 33 secondes, je dévale la rampe de lancement, il y a plein de bruits, ça crie. Jennifer me prend encore en photo, la femme de Fabrice, mon père et Benoit Clisson aussi. C’est parti ! 

J’avais comme stratégie de partir vite, de me tester directement et profiter de portions plutôt plates pour remonter le maximum de personnes.

Même pas 2km que j’avais déjà passé cinq personnes. Je ne sentais absolument pas mes jambes, j’étais dans un état d’euphorie, de flow encore inconnu. J’ai traversé Anglet puis Bayonne à plus de 35km/h de moyenne. Dans l’excitation j’avais oublié de lancer mon compteur, j’ai manqué 3 ou 4km. 

Le long du canal, je continue ma folle remontée, bien positionné sur mes prolongateurs. Il commençait à faire froid mais j’avais anticipé. J’avais décidé de partir avec les jambes couvertes. 

Avant d’arriver au pied du premier col, il y avait pas mal de petites côtes bien raides, histoire de bien faire chauffer les jambes. Je continue de doubler des gens, j’avais déjà rattrapé 20 minutes à certaines personnes. Peu après les petites gorges de la Nive, je perd mes bananes qui étaient mal fixées sur ma sacoche de selle. Tant pis. 

Sur les longues portions sur une route large avant le premier col, je continue de rouler fort, doubler des gens. Il y avait la pleine lune dans le ciel, c’était magique! À ce moment je ne parlais pas encore trop aux gens, juste un simple salut, ou parfois même rien. Pas très sympa lol.

Début du premier col, Aphanitze, un monstre… 19 km dont 6km à plus de 12% de moyenne. Je suis complètement collé dans les forts pourcentages, tout le monde me double, je me sens carrément nul. Avec un braquet de vélo de course (36×34 au minimum), j’ai beaucoup de mal à mouliner et pédaler en douceur. Deux bonnes douleurs au genou gauche ainsi qu’au dos commencent à apparaitre. Ça me fait un peu peur, vu la distance qu’il me reste à parcourir!

Arrivé en haut, non sans mal, on ne voit rien à cause de l’obscurité alors que la vue devait être incroyablement belle. La descente se fait de nuit sur une petite route. Mais aucun danger, elle se passe bien. Juste très fraiche. En bas, je me pose 10min dans un abri bus pour manger un yaourt et me mettre sur le dos pour soulager les douleurs. Elles se sont estompées et ne sont plus revenues. Ouf!

Dans la vallée, je vois un gars arrêté, je m’arrête pour voir ce qu’il a. Il aurait bloqué son pédalier, son grand plateau ne voulait plus passer… galère. Je l’accompagne pendant plusieurs kilomètres, on discute jusqu’au pied du deuxième col : Marie Blanque. Je mange rapidement un sandwich et commence l’ascension. Pentes abordables au début jusqu’aux cinq derniers kilomètres ou l’enfer commençait. Je vois encore plein de gens me doubler, comme Juliette, future vainqueur du 1000km, une machine… Je zigzague pour faciliter la montée. Les kilomètres durent des heures. Atroce ! 

Au sommet j’enfile rapidement ma veste Goretex® et entame la descente. On passe dans une vallée verte absolument magnifique, où seule la route brise la tranquillité de cet endroit. Des grandes vaches à cornes bloquaient la route, il fallait les contourner avec douceur.

En bas, un grand belge était en panne, crevaison, déjà sa deuxième. C’est vraiment pas de chance. Sa pompe était aussi fine qu’un stylo alors je lui prête la mienne. Puis je repars. Premier arrêt boulangerie, un bon cappuccino et un paquet de madeleines. On est 5 ou 6 à s’y être arrêté. C’était bonne ambiance. 

Il est 8h, je remonte sur le vélo, répond à un vocal de mon idole Emilie Clisson. Maintenant direction le col de Spandelles. Je me sens hyper bien, j’envoie fort sur les faux plats, mais ne croise pas grand monde. En haut d’un raidar, je décide de me déshabiller un peu. Le soleil commençait à bien taper. Papa avait mis un lacet pour essayer de maintenir verticalement ma sacoche de selle, pour éviter d’appuyer sur ma lampe arrière. Mais ce lacet bloquait l’ouverture de cette sacoche. Je croise un grand moustachu, Erwan, près d’une poubelle et lui demande s’il avait quelque chose pour couper ça. Il me sort un couteau immense, j’ai halluciné !

Déshabillé, je repars direction le prochain col. Mes bidons commençaient à se vider, j’avais besoin d’eau avant d’attaquer le col. Je regardais partout pour voir s’il y avait quelqu’un pour m’en donner. Erwan était à mes cotés, ainsi que Pierre-Yves, participant du 2500km. Un type super costaud! On trouve de l’eau dans une maison, on est sauvé. 

L’ascension commence, il fait chaud. Je discute avec certaines personnes que je rattrape ou qui me doublent. Notamment un p’tit jeune, Matthieu, qui sortait tout juste d’une grosse tendinite. Également un warrior du 2500, qui portait une minerve, sa nuque avait décidé de ne plus maintenir sa tête. Il venait même d’installer une chambre à air sur son front pour aider au maintien de sa tête. À 1000km de l’arrivée, son courage est surhumain… 

Le sommet était un peu quelconque, je redescend vite directement Argelès-Gazost. Tellement vite qu’un gars me félicite que je descend hyper bien. Héhé le boost pour mon ego. Puis je cherche quelque chose à manger, accompagné de trois autres compagnons de route. Un excellent panini jambon avec deux jus d’ananas, parfait pour reprendre des forces. 

Cette fois il fallait prendre la direction del Famoso Tourmalet. Je connaissais la vallée et la montée, mais la chaleur devenait écrasante… Je recroise Erwan sur la route, on continue ensemble. On s’arrose dans une fontaine au pied du col, à Luz-Saint-Sauveur. Puis on repart. On est collé sur la route, on essaie de rouler à notre allure mais on se suit plus ou moins, tellement on est dans le mal tous les deux. On a du faire bien trois ou quatre pauses fraicheur pour rester en vie. Je me suis même allongé cinq minutes sur un parking pour fermer les yeux. Ça c’est vraiment la souffrance en ultra-distance…

Dans les derniers hectomètres, un camion klaxonnait tous les vélos avec son klaxon musical, parfait pour être boosté ! Au bout de deux heures trente, j’arrive enfin au sommet. 

Ayant l’habitude de monter le Tourmalet je ne me suis pas attardé là-haut, j’ai juste joué le photographe pour Erwan et son pote Nicolas. Je me lance à corps perdu dans la descente, je la connais tellement bien en même temps! Je me fais plaisir, un peu bloqué au niveau de La Mongie à cause de deux fourgons. Je double plusieurs personnes, c’est cool! Je fonce tout droit vers la première base de vie située à Bagnères-de-Bigorre. Il était 18h. Je retrouve papa là-bas, il me donne un t-shirt et un short pour que j’ai un change pour dormir au propre, ainsi que quelques ravitaillements. Je mange, je prend une douche et je pars m’allonger. Il est déjà 21h. 

Je dors difficilement, beaucoup de bruit… Les boules Quies et un masque de nuit ne suffisent pas. Les lits de camp étaient sur un parquet hyper pourri qui craquait tout le temps, plus les gens qui marchaient avec les calles de vélo… J’ai eu un peu froid au milieu de la nuit, j’ai du aller chercher ma doudoune vers minuit, je n’avais pas envie de repartir alors je laissais trainer… jusqu’à 4h où je décide de repartir. Au réveil je croise Elodie et Fabrice que je n’avais plus vus depuis le départ, ça fait tellement plaisir !! Je reste un peu avec eux.